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dimanche 10 juin 2007

Père / Mère

Autres textes, datant de l'époque où ma relation avec mon père n'était pas trop facile...
Malgré les apparences, ce ne sont pas des poèmes...

Mon père, grand et fort.
Moi, toute petite et fragile.

Il connaissait tout. Moi j’avais tout à apprendre.
L’amour des livres, pour commencer. L’amour du beau, pour continuer.

La grandeur, ce devait être pour l’éternité.

Mais tout s’est écroulé.
L’espoir est devenu déception. L’absence ayant eu raison de la bonne volonté de l’enfance.
La fierté est devenue désillusion. L’abandon ayant soustrait jusqu’à sous zéro les jours qui s’étaient faits plus heureux.

Aujourd’hui, mon père n’est plus.
Plus ce qu’il était, plus ce qu’il aurait pu être pour moi.
Pour nous. Pour nous toutes.
Un égoïsme percutant - percutant des êtres en soif d’amour.

Aujourd’hui je suis forte. Peut-être le suis-je…
Mais elles, restent blessées, au fond d’elles, et leurs blessures me saignent dessus, abondamment. Comme la source originelle.

À ma sœur, je dirai que ce qu’il n’aura pas vu en toi, je le sens. Je le sais.
À ma mère, je dirai que n’est échec que celui qui reste dans le passé.
Et à moi, je dirai… d’accepter qu’il ne puisse donner, donner tout ce qu’il promettait à mes sourires enfantins.
Et à lui, je ne dirai plus rien. Rien d’autre que :

Je t’aime papa.
Petit papa fragile.


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Mère

Moi ma mère,
Moi, ma mère, elle porte sur ses épaules quelque chose de lourd.
Quelque chose de beau.
Moi ma mère, elle porte sur ses épaules le poids du monde.
Tout le poids du monde, sur son dos, pour que ce monde, un jour, soit un peu plus beau.

Moi ma mère,
Je l’ai déjà vue pleurer.
Je l’ai déjà entendue jurer.
Mais moi ma mère,
Je la vois toujours lutter.
Sans relâche. Contre personne. Seulement pour tous.

Moi ma mère, ce n’est pas une wonderwoman, non.
C’est ma mère et je peux vous assurer qu’elle ne porte pas de cape.
Mais moi, ma mère, elle sème l’entraide partout là où elle passe.

Si je lui disais tout ça, moi ma mère, elle ne me croirait pas.
Mais moi, ma mère, j’ai appris à la voir en femme.
Femme de tête, mais surtout femme de cœur.

Alors que je deviens, chaque jour un peu plus, femme, moi aussi, je ne peux qu’espérer lui ressembler. Chaque jour un peu plus.
Peut-être qu’un jour, j’aurai la force moi aussi.
Comme sa force à elle, de prendre, à mon tour, un morceau de ce poids.
Ce poids du monde qu’elle porte sur son dos…

dimanche 3 juin 2007

Texte


Parce qu'il ne s'est rien passé d'inspirant aujourd'hui au Royaume, un petit texte pour passer le temps!


Il faisait si chaud… La canicule durait depuis près de quatre semaines. Un record. Les gens étaient à cran, écrasés par la température accablante. Le patron avait été particulièrement mécontent de son travail des derniers mois et Gérard se sentait fatigué.
La journée avait été longue, éreintante et maintenant le trafic semblait ne jamais vouloir recommencer à bouger.
La chaleur était suffocante et les émanations des voitures commençaient à lui donner mal à la tête.
Jamais plus il n’avancerait.
Il était coincé sur le pont Jacques-Cartier à tout jamais.
Une éternité en enfer venait de commencer pour lui. Il était mort et payait pour ses crimes. Sa ceinture de sécurité oppressait son opulente poitrine et écrasait son estomac flasque et humide de transpiration.
La radio crachotait des inepties criées par des imbéciles hilares, s’esclaffant comme des clowns hystériques en pleine psychose.
Des gouttes de sueur lui piquaient les yeux. Ses doigts pianotaient nerveusement sur le volant.
Toute cette chaleur, toute cette inertie le rendait fou. Et les klaxons qui hurlaient sans arrêt… ces foutus klaxons…

Enfin, l’imbécile qui avait fait fermer le pont pour l’escalader avait été délogé. Délogé par les policiers ou s’était tout simplement suicidé, peu importait pour Gérard. L’important était que son enfer allait s’achever. Déjà, la circulation commençait à reprendre son cours normal. Un peu d’air commençait à rafraîchir le gros homme. Sa tension diminua d’un cran.
Il roulait…
Dans quelques quinze minutes il serait enfin de retour à la maison.

Mais son arrivée à la maison refit grimper sa pression.
Il sonna pour que Martha vienne lui ouvrir la porte.
Rien ne se produisit.
Il sonna une deuxième fois… sa femme devait être aux toilettes ou un plat sur le feu devait la retenir… toujours rien.
Fortement irrité, il sorti les clés de ses poches et débarra lui-même la porte. La chaleur dans la maison était suffocante. Une fois de plus, Martha, dans sa paranoïa d’une éventuelle pluie, avait fermé toutes les fenêtres de la maison… La température était insoutenable.
Gérard ouvrit le réfrigérateur pour prendre une bonne bière fraîche. Non seulement on n’y voyait rien parce que Martha n’avait pas changé l’ampoule défectueuse du frigo, mais en plus, il ne lui restait plus de bière ! Et son souper n’était pas prêt ! Où pouvait-elle bien être à cette heure ci ? Elle savait bien que les mercredis étaient la pire journée de la semaine et que, pour se délasser, Gérard aimait siroter sa bière en dégustant un bon repas !
Indigné, il claqua la porte de l’appareil qui, sous la force de l’impact, vibra à en faire tomber le pot de biscuits qui était caché en hauteur. Le pot en verre éclata à ses pieds. Hors de lui, Gérard saisit le réfrigérateur et se mit à le brasser, et à le brasser, toujours plus fort, toujours plus violemment…
C’est alors que Gérard eut un élancement dans le bras gauche. La douleur était lancinante et diffuse tout à la fois, s’étirant jusqu’au milieu du dos…
On se mit à sonner à la porte d’entrée. Suant sang et eau, Gérard alla ouvrir la porte. C’était Martha, Martha qui avait les bras remplis de paquets…
Martha qui arrivait à cette heure là ! Alors que le souper n’était pas prêt ! Alors qu’il n’y restait plus une seule bière au froid ! Que l’ampoule n’avait pas été changée ! Qu’avait-elle bien pu faire alors que lui passait une journée d’enfer ? Pendant que lui était resté pris plus d’une heure en pleine canicule, coincé sur ce foutu pont ?
Pris d’une rage incontrôlable, il lui arracha les paquets des mains et l’empoigna avant de la projeter contre le mur.
Il allait lui assener une leçon dont elle se souviendrait longtemps !
Il leva la main et l’abaissa avec toute sa force vers le visage stupéfait de sa femme.
Il allait la frapper. Il allait lui faire mal ! Il allait lui faire endurer ce par quoi lui était passé dans sa journée !
Et alors que sa main allait s’abattre violemment sur le visage de sa femme stupéfaite, Gérard s’affala de tout son poids, terrassé par une foudroyante crise cardiaque.

La canicule s’acheva le jour même, alors qu’une pluie bénie se mit à tomber, tôt en soirée.

mercredi 30 mai 2007

Un autre petit texte

Vous êtes assis. Seul. Comme tous les matins.
Vous êtes assis et vous regardez la vie qui passe devant votre banc de parc. Les enfants et les chiens qui jouent, les hommes pressés, les femmes qui tentent d'être toujours plus belles.
Vous les regardez tous passer, sans qu'aucun ne vous rende votre regard.
Sans qu'aucun ne vous retourne votre sourire.

Assis, seul sur votre banc, vous pensez.
Pensez à celle qui, durant presque cinquante ans, a partagé votre quotidien.
Regrettez-vous ce passé ?
Regrettez-vous de ne pas lui avoir assez dit ''je t'aime'' , de lui avoir plus souvent demandé de vous passer le sel, que de lui avoir demandé comment elle allait ?
Probablement.
Probablement, car aujourd'hui, vous êtes seul.

Comme tous les matins, vous nourrissez les écureuils depuis votre banc. Et les oiseaux aussi, quand le parc est tranquille.
Vous vous dites qu'au moins, vous leur êtes utile.
Que si vous n'étiez pas à votre poste, eux le remarqueraient peut-être.
Peut-être même que s'ils savaient que vous devez parfois vous priver pour leur donner un peu de nourriture, ils vous laisseraient les caresser.

Depuis quand personne ne vous a touché monsieur Duguay ?
Depuis quand personne ne vous a dit ''je t'aime'' ?
Depuis quand personne ne vous a tout simplement parlé ?

Vous êtes soudainement très las. Votre solitude vous pèse, vos ans vous pèsent. La vie se fait très lourde.
Trop lourde à porter pour quelqu'un d'aussi seul.
Aussitôt cette sombre pensée formulée dans votre esprit sénile, la peur vous envahit. La vague submergeante vous engloutit. Vous, l'Atlante noyé dans la frayeur de cette certitude : vous mourrez seul.
Seul, et personne ne le remarquera !

Tout devient glacé autour de vous. Tout devient flou et trouble. Le torrent vous emporte. La vie valse sous vos yeux, tourbillonne en une tempête lointaine. Le ressac se fait de plus en plus fort, le vacarme vous assourdit…

Puis une voix.
Une présence.

Votre vision revient. Le calme se fait dans votre esprit et dans votre corps.
La voix reprend.
Et vous la voyez. Petite, blonde. Il lui manque les deux dents de devant.
Elle vous prend la main et vous sourit. Elle vous trouve drôle.
Elle vous raconte combien elle aime les écureuils, elle aussi.
Puis le tourbillon reprend. Un tumulte lumineux de babillage enfantin.
Un tourbillon de vie.

Elle vous appelle ''son vieil ami''.
Elle reviendra demain.
On vous sourit monsieur Duguay. Vous n'êtes plus seul.

lundi 28 mai 2007

Les gens heureux n'ont pas d'histoire...


8:20, votre Adulée se prend un bol de céréales en vitesse afin de faire un semblant d'étude pour son examen de psycho de cet après-midi. Comme votre Grandeur sera trop occupée aujourd'hui pour vous parler de sa ô, magnificence ultime, elle prend soin de vous divertir un moment, avec un petit texte... Soyez tout de même indulgents, mon couperet n'est jamais bien loin...

C’était l’hiver et il faisait froid.
Sombre et froid.
Tout autour, les lumières, les cris et les pleurs.
En moi, ce silence qui ne devait jamais se taire.

C’était la dernière fois où je te voyais, dans le peu de vie à laquelle tu t’accrochais.
Mon cher amour… le vertige me prend en pensant à toutes ces choses que je n’aurai jamais su te dire.
Que le néant m’enveloppe aussi, que je ne sente plus le vide qui a pris ta place, avec son air vil et fade.
Les mots me manquent dans cet adieu pénible. La douleur engourdit tout.

On dit que les gens heureux n’ont pas d’histoire.
C’est bien vrai.
Nos petits matins amoureux étaient agréables et doux au toucher.
Aucun scandale ni aucune larme ne venait pimenter nos désirs inexprimés.
Je t’aime simplement, comme un éclat de rire.

Seulement, aujourd’hui, seul l’écho me renvoie mes rires qui, sitôt passés mes lèvres, se figent, se glacent et s’effritent sur la froideur de ton absence.
Je n’aurais pas cru possible de souffrir autant.

On me dit que le temps fera son œuvre.
Que ton souvenir se fera plus doux à mesure que se passe le temps. Mais chaque matin, la douleur se fait plus oppressante. Où que je regarde, tu y es. À la fois partout et nulle part. J
e deviens folle à te chercher et te fuir. Tout te rappelle à moi.
Je t’en prie, rappelle à toi ton fantôme. Qu’il me laisse en paix. Qu’il me laisse soigner mes plaies.

Ceci sera ma dernière lettre, déposée en guise de fleur sur ta tombe.
Si je ne peux t’oublier, je veux au moins apprendre à vivre avec son souvenir, même si plus rien ne sera jamais pareil.
Aujourd’hui, moi aussi, j’ai une histoire…